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BURKINA FASO - HISTOIRE
Le Burkina précolonial
et colonial
Les royaumes Mossi
Un groupe de conquérants cavaliers,
venus de l'est, parvint sans doute vers
la fin du XIVe siècle
dans le nord du Ghana actuel et y établit
progressivement sa domination : de cette
conquête sont
nés les royaumes mamprusi, dagomba
et nanumba.
C'est vers la fin du XVe siècle
que sont apparues les premières
formations politiques Mossi dans le sud
du bassin de la Volta Blanche.
À l'origine de leur histoire,
les Mossi placent un héros fondateur,
Naaba Wedraogo (naaba : chef ; wedraogo
: étalon), fils d'une princesse
royale de la dynastie mamprusi.
Le peuple mooga (sing. de Mossi) actuel
s'est constitué progressivement
par l'alliance entre les conquérants
venus du sud (nakombse) et les Espace_Membres
des multiples groupes ethniques autochtones,
les " gens de la terre " (tengdemba),
les nakombse détenant le pouvoir
politique, les tengdemba étant
les détenteurs du pouvoir religieux
lié à la terre (culte de
la fertilité et rites funéraires).
Dès la seconde génération
de l'histoire des Mossi, les nakombse
occupent la quasi-totalité du bassin
de la Volta Blanche. Au temps des conquêtes
(XVIe s.) succéda celui de la formation
de royaumes, aux dynasties apparentées
entre elles, et de la stabilisation des
frontières extérieures du
pays mooga, le Mooro (fin XVIe s.-déb.
XVIIe s.) .
Par la suite, jusqu'à la fin du
XIXe siècle, la carte politique
du Mooro variera peu. À compter
du XVIIe siècle, le Mooro est partagé
en deux grandes zones d'influence : une
zone centrale, la plus importante, dominée
par le royaume de Wogodogo (Ouagadougou),
dont le souverain porte le titre de Mooro
naaba (chef du Mooro), et une zone septentrionale,
dominée par le Yatenga.
L'apogée de la puissance mooga
se situe au XVIIIe siècle, avec
les règnes de Naaba Warga à
Wogodogo et de Naaba Kango dans le Yatenga.
L'islam est introduit à la cour
de Wogodogo par le Mooro naaba Dulugu
(1796 ?-1825 ?), mais la conversion
superficielle d'une partie de la haute
aristocratie du royaume n'entraîne
aucune modification notable dans
les croyances de la population. Dans la
seconde moitié du XIXe siècle,
de sérieuses menaces pèsent
sur le royaume de Wogodogo : révoltes
intérieures, pression, à
l'ouest, d'anciens mercenaires d'origines
zerma (Niger actuel), qui dominent les
populations dites " gourounsi ",
entre la Volta Rouge et la
Volta Noire, puis visées de Samori
et de ses adversaires européens,
Français et Anglais.
L'histoire du Yatenga moderne s'ouvre
avec le règne de Naaba Kango (1757-1787),
artisan d'une politique de centralisation
du pouvoir. Peu après sa mort,
de graves conflits internes affaiblissent
le royaume, tandis qu'à partir
des années 1830 les Peuls du Masina
(Mali actuel) menacent ses frontières
septentrionales et orientales.
À partir de 1879, le Yatenga s'enfonce
progressivement dans un conflit dynastique
qui va bientôt
prendre les dimensions d'une guerre civile
sans merci, et qui, en 1895, va permettre
aux Français, installés
depuis peu à Bandiagara (Mali actuel),
de se poser en médiateurs entre
les deux fractions ennemies de l'aristocratie
du Yatenga.
Le Yatenga devient protectorat français
en 1895, sous le règne de Naaba
Baogo ; la même année, les
Français pénètrent
dans Ouagadougou, dont le souverain, Naaba
Wobgo, a pourtant signé l'année
précédente un traité
de protectorat avec un représentant
du gouvernement britannique : le royaume
de Wogodogo passe l'année suivante
(1896) sous protectorat français.
À l'est du Mooro s'étend
le pays des Gourmantché, dont le
territoire correspond à une partie
de la rive droite du fleuve Niger, appelée
Gulma, ou Gurma.
Culturellement proches des Mossi, mais
ne provenant pas de la même souche
historique, les Gourmantché étaient
organisés en royaumes indépendants,
qui reconnaissaient cependant la suprématie
au moins rituelle du Nun bado, "
chef " (bado) de Nungu (Fada N'Gourma).
En lutte contre les Peuls du Liptako et
du Yagha durant le XVIIIe et le XIXe siècle,
les Gourmantché avaient perdu certains
de leurs commandements septentrionaux
quand leur pays est passé sous
domination française, en 1897.
L'Ouest burkinabé précolonial
L'Ouest voltaïque est le domaine
des populations mandé mais comprend
aussi des populations
gur, regroupées sous l'appellation
impropre de " Gourounsi ", la
caractéristique principale des
sociétés occidentales du
Burkina Faso étant qu'elles étaient
organisées politiquement en
communautés villageoises indépendantes
et non en royaumes.
Les Samo, au nord-ouest, ont victorieusement
résisté à quatre
siècles de pression militaire mooga.
Voisins des Samo, les Marka ou Dafing
sont anciennement islamisés ; peu
de temps avant la conquête française,
en 1894, un chef religieux, Al-Kari, entreprit
de réunir les Marka et une partie
des Samo sous une autorité politique
unique et de convertir de force les groupes
" païens " de la vallée
du Sourou.
Dans la seconde moitié du XIXe
siècle, les populations gur eurent
à subir la lourde domination de
guerriers zerma (les Zamberma), anciens
chasseurs de captifs des rois dagomba
de l'actuel Ghana.
L'histoire antérieure au XIXe
siècle des autres populations de
l'Ouest voltaïque : Bwa, Bobo, Lobi-Dagari-Birifor,
est très mal connue. Au XIXe siècle,
une grande partie des régions occidentales
du Burkina Faso subit la pression des
Dioula, guerriers et commerçants
musulmans originaires du Mali actuel.
Les Dioula sont les fondateurs de plusieurs
États, dont le plus ancien, celui
de Kong, apparaît au XVIIe siècle
et étend rapidement son influence
sur une partie du pays bobo. De Kong naîtra
le Gwiriko, dont la capitale sera Sya,
l'actuelle Bobo-Dioulasso. Dernier souverain
du Gwiriko, Tyeba, après avoir
dû affronter plusieurs révoltes,
n'a plus guère d'autorité
quand il fait sa soumission aux Français,
en 1897.
Dans la seconde moitié du XIXe
siècle, un autre État dioula,
celui de Wahabou, s'est posé en
rival du Gwiriko ; Wahabou passera également
sous domination française en 1897.
À partir de 1825, le Kenedugu,
autre royaume dyula, étend son
influence sur le pays sénoufo (confins
actuels du Burkina Faso, du Mali et de
la Côte-d'Ivoire), à partir
de Sikasso (Mali). En 1888, le souverain
de Sikasso tient Samori en échec,
mais, après 1891, les révoltes
contre le pouvoir dioula se multipliant,
la décadence du Kenedugu s'accélère
; Sikasso passe sous contrôle français
en 1896.
C'est vers cette époque, à
l'extrême fin de la période
précoloniale, que les troupes de
Samori font leur apparition dans le sud-ouest
du Burkina Faso. Samori prend Kong en
1897, mais doit renoncer à prendre
Bobo-Dioulasso et se réfugie à
douna (Frontière de la Côte-d'Ivoire).
On sait que Samori fut fait prisonnier
en 1898 et exilé au Gabon, où
il mourut en 1900.
Les Peuls dans le Burkina
C'est à partir du XVIIe siècle
que les Peuls pénètrent
par vagues successives dans la partie
sahélienne du territoire du Burkina
Faso, y compris dans les parties septentrionales
des royaumes Mossi présahéliens,
comme le Yatenga.
Les Peuls donneront naissance à
deux émirats, le Liptako et le
Yagha, et créeront, avec le Jelgoji,
une sorte de fédération
de commandements locaux ou régionaux
dominant les Kurumba autochtones. Au cours
des XVIIe et XVIIIe siècles, les
Peuls doivent lutter contre les Touaregs
de l'Udalan, les Kurumba, les Mossi et
les Gourmantché.
Leur principale formation politique,
le Liptako, naît de la victoire
de Dori (1811), remportée sur les
Gourmantché, qui sont contraints
de se replier vers le sud. Peu de temps
après, le Liptako fera acte formel
d'allégeance à Sokoto (Nigeria),
tandis que le Masina tentera, sans succès,
de réunir
les commandements du Jelgoji sous son
égide.
La conquête française et
la période coloniale (1895-1960)
En mai 1895, une colonne française,
partie de Bandiagara et commandée
par le capitaine Destenave, arrive à
Ouahigouya, résidence du Yatenga
naaba Baogo (1885-1895), qui doit faire
face depuis plusieurs années à
une révolte armée d'une
partie de l'aristocratie du royaume, soutenue
par les Peuls du commandement de Tyu.
Un mois plus tard, en juin, alors que
le Yatenga est devenu protectorat français
par traité, Naaba Baogo meurt à
la bataille de Tyu et laisse ainsi la
place au chef de ses adversaires, Naaba
Bulli (1895-1899), sur lequel les Français
vont s'appuyer, tandis que les partisans
du souverain défunt entreront en
dissidence. Entre 1895 et 1897, le reste
du Mooro, le Gurma et les territoires
peuls passent sous domination française.
La conquête de l'Ouest et du Sud-Ouest
se déroule entre 1897 (occupation
de Dédougou, de Bobo-Dioulasso
et Diébougou, puis de Banfora)
et 1901, année de la pénétration
en pays lobi. Presque partout, les Français
se heurtent à une résistance
armée, qui est particulièrement
vive dans l'Ouest.
D'abord territoire militaire de la Sénégambie-Niger,
le Burkina Faso devient en 1904 territoire
du Haut-Sénégal-Niger ;
elle passe sous administration civile
à partir de 1909, mais, dans certaines
régions, le retrait de l'administration
militaire ne se fera que dans les années
vingt ou même trente (pays lobi).
En 1919, la Haute-Volta devient l'un
des territoires constituant l'Afrique
occidentale française. Entre 1895-1897
et 1919, les révoltes n'ont pas
cessé, nées des excès
des " colonnes ", des maladresses
de l'administration et des premiers recrutements
autoritaires. C'est en pays bwa, marka
et " gourounsi " (nord-ouest
et ouest d'entre Volta Rouge et Volta
Noire) qu'éclate la grande révolte
de 1915-1917, qui sera suivie d'une répression
sévère, mais aussi d'une
rectification sensible de certaines erreurs
de l'administration, notamment en matière
de choix des chefs de canton.
Après la période des recrutements
militaires de la guerre de 1914-1918 vient
le temps des recrutements de main-d'œuvre
: le projet de création d'un Office
du Niger, chargé de la mise en
valeur du delta intérieur du fleuve
(Mali actuel, région de Ségou)
et les besoins en main-d'œuvre des
planteurs français de la Côte-d'Ivoire
conduisent les autorités coloniales
à démanteler la Haute-Volta
en 1932.
Le Jelgoji, le Yatenga et le nord-ouest
du pays sont intégrés au
Soudan français (qui deviendra
le Mali en 1960), le Liptako et l'Udalan
sont rattachés au Niger, le reste
de la Haute-Volta, sous le nom de Haute-Côte-d'Ivoire,
devenant partie intégrante de la
Côte-d'Ivoire.
À la période des "
grands travaux " et des recrutements
intensifs fait suite, entre 1936 et 1939,
une période sensiblement plus libérale,
qui s'achève brutalement avec "
l'effort de guerre " de 1939-1945.
En 1946, le travail obligatoire est supprimé,
et, en 1947, la Haute-Volta retrouve son
unité.
C'est en 1946 que les formations politiques
sont autorisées. Le Rassemblement
démocratique africain, créé
la même année en Côte-d'Ivoire,
va jouer un rôle capital dans l'éveil
politique de la Haute-Volta, qui s'accompagnera,
en pays mooga, d'une remise en cause du
rôle de la chefferie traditionnelle.
En 1956, la section voltaïque du
R.D.A. prend le nom de Parti démocratique
unifié, qui devient à son
tour l'Union démocratique voltaïque,
dont les deux principaux leaders sont
Ouezzin Coulibaly et Maurice Yaméogo
; à la même époque,
Nazi Boni crée le Parti du rassemblement
africain, particulièrement bien
implanté dans l'ouest du pays.
La loi-cadre de 1956 aboutit à
la mise en place de structures politiques
nouvelles. En 1957, Ouezzin Coulibaly
devient vice-président (le gouverneur
français du territoire étant
président), puis président
du Conseil de gouvernement.
BURKINA FASO - EVOLUTION
POLITIQUE
Le régime Yaméogo
Selon un processus commun à l'ensemble
des territoires français à
l'exception de la Guinée, la Haute-Volta
accède à l'indépendance
en plusieurs étapes : le 28 septembre
1958 est adoptée une Constitution
; la nouvelle République, proclamée
le 11 décembre 1958, est Espace_Membre
de la Communauté franco-africaine
; le 11 juillet 1960, les compétences
communautaires sont transférées
à Ouagadougou, et l'indépendance
reconnue le 5 août 1960. Maurice
Yaméogo, qui avait dirigé
le pays pendant la période transitoire,
devient le premier président de
la jeune République.
Utilisant les pouvoirs étendus
que lui confère la Constitution
adoptée le 27 novembre 1960, et
les outrepassant, le chef de l'État
élimine ses adversaires politiques
et institue, au profit de sa formation,
le Rassemblement démocratique africain
(R.D.A.), un système de parti unique.
Le régime devient rapidement autocratique,
et le président perd tour à
tour le soutien des notables traditionnels,
des syndicats et du clergé. L'annonce,
à la fin de décembre 1965,
de nouvelles mesures d'austérité,
rendues nécessaires par une situation
économique préoccupante
et une gestion financière désastreuse,
provoque de nouvelles manifestations d'étudiants,
d'écoliers et des syndicats à
Ouagadougou ; l'armée, dirigée
par son chef d'état-major, le général
Sangoulé Lamizana, devient l'arbitre
de la situation et prend le pouvoir le
6 janvier 1966.
Le régime Lamizana
Les républiques pluralistes et
démocratiques de la présidence
du général Lamizana
De 1966 à 1980, la vie politique
voltaïque est une succession pacifique
et curieusement cyclique de gouvernements
militaires à l'autoritarisme plutôt
débonnaire et de régimes
civils démocratiques, les uns et
les autres exerçant leurs responsabilités
sous la magistrature suprême du
général Lamizana.
Après quatre ans de détention
exclusive du pouvoir consacré à
restaurer les fragiles équilibres
économiques et à combler
un déficit budgétaire considérable,
le gouvernement du général
Lamizana entame le processus d'un retour
à une vie politique normale : suppression
de l'interdiction des partis politiques
(20 nov. 1969), adoption par référendum
d'une nouvelle Constitution (14 juin 1970),
élections législatives à
la représentation proportionnelle
(20 déc. 1970).
L'avènement de la IIe République
est un événement en Afrique
noire francophone : la Haute-Volta y est
à cette époque le seul pays
à être doté d'un régime
réellement multipartiste, infirmant
ainsi provisoirement l'idée reçue
qu'il existerait une relation de cause
à effet entre sous-développement
et gouvernement autoritaire.
C'est aussi la première fois que
des militaires remettent le pouvoir aux
civils avec, il est vrai, des précautions
: la Constitution prévoit que,
pendant les quatre premières années,
les fonctions de président de la
République seront confiées
au militaire le plus ancien dans le grade
le plus élevé, c'est-à-dire
au général Lamizana, et
que le gouvernement devra comprendre un
tiers de militaires.
Le fonctionnement des institutions est
rapidement bloqué par les dissensions
du parti majoritaire, l'Union démocratique
voltaïque-R.D.A., et par les rivalités
personnelles de ses leaders. Le 8 février
1974, prenant prétexte de la paralysie
qui en résulte, le général
Lamizana dissout l'Assemblée nationale,
interdit les partis et suspend la Constitution.
Un deuxième cycle s'amorce avec
l'instauration d'un nouveau régime
militaire ; le " gouvernement de
renouveau national " s'attache à
appliquer un programme de réformes
visant à atténuer la dépendance
du pays vis-à-vis de l'extérieur.
L'annonce faite le 29 novembre 1975 par
le général Lamizana de son
intention de créer un parti unique,
le Mouvement national pour le renouveau,
provoque - la persistance du marasme économique
aidant - la réaction immédiate
des organisations syndicales. L'ampleur
de la grève générale
des 17 et 18 décembre 1975 contraint
le gouvernement à satisfaire les
revendications syndicales et à
promettre le rétablissement de
la démocratie politique dans un
délai de trois ans.
Avec l'adoption d'une Constitution par
le référendum du 27 novembre
1977 naît la IIIe République.
Celle-ci est marquée par l'organisation
d'élections, et notamment de celle
d'un président de la République
au suffrage universel dans des conditions
jugées à l'époque
parmi les plus libres et les plus concurrentielles
de l'Afrique francophone. Le général
Lamizana l'a certes une fois de plus emporté,
mais de justesse, après un ballottage
serré (16 000 voix de majorité).
Cette difficile victoire a été
considérée comme un indice
de la réalité de la démocratie
voltaïque. Mais le fort pourcentage
d'abstentions, qui traduit un certain
attentisme des masses face à d'incessants
conflits de personnalités et à
des jeux politiques dont la signification
leur échappe, révèle
la fragilité du régime.
Le coup d'État du 25 novembre
1980 et la révolution burkinabé
À l'occasion d'un nouvel affrontement
entre le gouvernement et les syndicats,
des militaires, conduits par le colonel
Saye Zerbo, ancien ministre des Affaires
étrangères de 1974 à
1976, prennent le pouvoir (25 nov. 1980)
; selon un rituel désormais classique
en Afrique, ils suspendent les libertés
politiques et syndicales, procèdent
à l'arrestation des dirigeants
et éliminent de la scène
politique les hommes qui l'avaient constamment
dominée durant vingt ans.
Cette date ouvre une période d'instabilité,
largement due aux dissensions de la hiérarchie
militaire, et de radicalisation. Les coups
d'État militaires se succèdent.
Jean-Baptiste Ouedraogo
Le 7 novembre 1982, le médecin-commandant
Jean-Baptiste Ouedraogo remplace le colonel
Saye Zerbo et institue un Conseil de salut
du peuple (C.S.P.) .
Le régime Thomas Sankara
: La révolution burkinabé
il est lui-même éliminé
le 4 août 1983 par un jeune officier,
le capitaine Thomas Sankara, son éphémère
Premier ministre jusqu'à son arrestation
en mai 1983.
Le nouveau régime et son mot d'ordre,
celui de la " révolution voltaïque
", constituent une profonde et véritable
rupture dans l'histoire du pays, symboliquement
entérinée par la violence
qui a marqué l'avènement
du Conseil national de la révolution
en 1983.
L'objectif des jeunes capitaines, soutenus
au départ par les organisations
syndicales et les formations politiques
essentiellement d'extrême gauche,
est de changer radicalement non seulement
les rapports économiques mais aussi
les structures mêmes de la société
et de faire passer le pouvoir " des
mains de la bourgeoisie à celles
des classes populaires ".
Ce radicalisme revêt des aspects
symboliques : en même temps qu'il
prenait un nouveau nom, le Burkina Faso
changeait de drapeau, d'hymne national
et modifiait la terminologie géographique
et administrative ; mais il se traduit
surtout par l'élaboration d'un
projet à caractère totalitaire
de contrôle de l'ensemble de la
société civile et politique
: interdiction des partis politiques,
réduction du pouvoir syndical,
mise en cause des autorités coutumières,
surveillance des activités associatives,
quadrillage du pays par les comités
de défense de la révolution
(C.D.R.), investissement méthodique
de l'administration, réorganisation
de la justice et de l'armée...
Sur le plan extérieur, la politique
burkinabé se manifeste par une
dénonciation virulente de l'impérialisme
et du néo-colonialisme, le rééquilibrage
des rapports du Burkina en direction des
démocraties populaires et de la
Libye ou du Ghana.
Les accords de coopération avec
la France seront renégociés
en 1986.
Après avoir déclenché
les hostilités contre le Mali à
qui il dispute la bande frontalière
d'Agacher, le Burkina Faso se conformera
au jugement de la Cour internationale
de justice du 22 décembre 1986,
qui met fin à un différend
remontant à l'indépendance.
La révolution burkinabé
s'est heurtée à de multiples
résistances ; elle n'est pas parvenue
à s'attacher l'adhésion
de la paysannerie, toujours démunie,
malgré son programme de réforme
agrofoncière ; elle n'a pu empêcher
les fonctionnaires et salariés
urbains, principales victimes des sacrifices
imposés par le pouvoir, de se détacher
d'elle. À ces difficultés
s'ajoutent les dissensions du Conseil
national de la révolution ; le
projet de parti unique dont le principal
effet aurait été d'assurer
la mainmise du capitaine Sankara et de
son groupe sur le pouvoir est sans doute
le détonateur du putsch du 15 octobre
1987, au cours duquel le président
du Burkina Faso trouve la mort ; celui-ci
est remplacé par le numéro
deux du régime, le commandant Blaise
Compaoré.
Vers la IVe République
Le nouveau dirigeant institue un "
front populaire " chargé de
procéder à " la rectification
de la Révolution ". Ce mot
d'ordre ambigu se traduit dans l'immédiat
par une approche pragmatique du pouvoir
qui permet certains revirements : revalorisation
officielle du rôle protocolaire
et de l'autorité morale de la chefferie
coutumière, reconnaissance des
syndicats comme défenseurs des
intérêts des travailleurs,
dissolution des comités de défense
de la révolution, etc.
Avec le même pragmatisme, le président
Blaise Compaoré engage le Burkina
Faso dans la voie de l'ouverture politique,
de la démocratisation des institutions
et d'un retour à la vie constitutionnelle.
Élaborée au cours d'assises
nationales où sont représentées
les différentes sensibilités
politiques, confessions et forces socioéconomiques
du pays, une Constitution est adoptée
par voie de référendum le
2 juin 1991.
Abandonnant toute référence
aux mots d'ordre révolutionnaires
et anti-impérialistes, la nouvelle
loi fondamentale consacre le multipartisme
; elle établit un régime
fondé sur la séparation
des pouvoirs qui assure l'autorité
du chef de l'État élu au
suffrage universel pour sept ans ; un
Premier ministre désigné
par lui est responsable devant un Parlement
qui présente la caractéristique,
rare en Afrique, d'être bicaméral
; la deuxième chambre, consultative,
devant assurer la représentation
des organisations sociales, religieuses,
professionnelles, militaires et politiques.
La mise en place des nouvelles institutions
s'effectue dans un climat de suspicion
et dans des conditions critiquées
par les quatorze partis d'opposition (réunis
en une coordination des forces démocratiques),
réclamant jusqu'ici, en vain, la
tenue d'une conférence nationale.
L'opposition manifeste sa méfiance
en refusant de participer à l'élection
présidentielle du 1er décembre
1991 ; première élection
au suffrage universel depuis 1978, elle
s'est soldée par la demi-victoire
de Blaise Compaoré, seul candidat
en lice, élu à 86,19 p.
100 des suffrages exprimés mais
avec un taux d'abstention de 74,88 p.
100 ; les élections législatives
prévues pour 1992 devraient achever
le processus de démocratisation
et mettre fin à la domination exercée
jusqu'ici par l'armée sur la destinée
du pays. Reste une inconnue, celle de
la capacité du pouvoir à
surmonter ses traditionnelles dissensions
et à ne plus apparaître comme
toujours aussi lointain pour les populations
rurales.
BURKINA FASO - EN BREF
| XIIe s. |
Fondation des royaumes mossi sur
le territoire de l’actuel Burkina
Faso. |
| 1895 |
Création du gouvernement
général de l’Afrique
occidendale française (AOF).
|
| 1897 |
Occupation de l’ensemble du
pays par les Français. |
| 1919 |
Décret instituant l’indépendance
de la colonie sous le nom de Haute-Volta,
avec Ouagadougou comme chef-lieu.
|
| 1932 |
Démantèlement de la
colonie et partage du territoire entre
la Côte d’Ivoire, le Soudan
(Mali) et le Niger. |
| 1947 |
Renaissance de la Haute-Volta après
le vote, en France, d’une loi
pour sa reconstitution. |
| 1960 (5 août) |
Proclamation de l’indépendance
de la Haute-Volta ; Maurice Yaméogo
en est le premier président.
|
| 1962-1963 |
Création de l’UEMOA
(Union économique et monétaire
ouest-africaine) et de l’OUA
(organisation de l’unité
africaine). |
| 1966-1980 |
Gouvernement militaire de Sangouré
Lamizana. Thomas Sankara à
la tête du pays. La Haute-Volta
devient la République démocratique
du Burkina Faso. |
| 1987 |
Coup d'etat et prise du pouvoir
par Blaise Compaoré. |
| 1991 |
Nouvelle Constitution restaurant
le multipartisme. |
| 1992 |
Compaoré élu aux élections
présidentielles, réélu
en 1997. |
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| Jean-Baptiste Ouedraogo
r |
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